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Bolivie : 150 millions de litres de carburant altérés par un réseau transfrontalier

La Bolivie dénonce un réseau criminel transfrontalier qui aurait volé et altéré environ 150 millions de litres de carburant importé depuis octobre, impliquant quelque 5 000 camions-citernes et causant des milliers de plaintes pour moteurs endommagés.

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Bolivie : 150 millions de litres de carburant altérés par un réseau transfrontalier

Secteurs Pétrole, Carburants
Thèmes Risques & Événements, Enquêtes
Sociétés YPFB
Pays Bolivie, Chili, Paraguay, Argentine

Le président bolivien Rodrigo Paz a dénoncé, mardi, l'existence d'un réseau criminel transfrontalier responsable du vol et de l'altération de carburant importé. Des milliers de conducteurs boliviens ont déposé plainte pour des dommages à leurs moteurs, révélant l'ampleur d'une fraude touchant l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement. Dans un contexte de tensions persistantes sur les marchés pétroliers mondiaux — où le baril a récemment rebondi à 100 dollars —, la vulnérabilité des pays importateurs comme la Bolivie se trouve exposée. Rodrigo Paz a affirmé que le réseau "vole du carburant bolivien" et remplace les volumes soustraits par de l'eau et d'autres substances.

Des détournements documentés depuis le Chili

Lors d'une conférence de presse, les autorités boliviennes ont diffusé des images présentées comme des preuves du détournement. Ces éléments montrent du carburant prélevé sur des camions-citernes puis transféré vers des véhicules de moindre capacité sur le territoire chilien. Le ministre de l'Intérieur, Marco Antonio Oviedo, a indiqué que ces conclusions résultent d'une enquête menée conjointement avec les autorités chiliennes. La situation bolivienne illustre les difficultés d'approvisionnement en hydrocarbures que connaissent de nombreux pays importateurs, à l'image de Petron, qui achète du brut russe par extrême nécessité.

Marco Antonio Oviedo a annoncé vouloir étendre cette coopération au Paraguay et à l'Argentine, deux autres fournisseurs terrestres de carburant pour la Bolivie. Depuis octobre, les activités illicites pourraient avoir impliqué quelque 5 000 camions-citernes, pour un total estimé à environ 150 millions de litres de carburant altéré, selon le ministre. Jusqu'ici, le gouvernement attribuait la mauvaise qualité de l'essence à des résidus de rouille dans les réservoirs de la compagnie publique YPFB (Yacimientos Petrolíferos Fiscales Bolivianos), chargée de réceptionner et distribuer le carburant importé. Cette explication officielle est désormais écartée.

Grève des transports et demandes d'indemnisation

La semaine précédente, une grève des chauffeurs de transports publics avait paralysé La Paz et la ville voisine d'El Alto. Les manifestants réclamaient des compensations pour les dommages subis à leurs véhicules. Sur les quelque 10 000 demandes d'indemnisation déposées, plus de 4 000 ont été traitées, selon YPFB. La perturbation du trafic dans ces deux agglomérations illustre l'ampleur sociale de la crise du carburant.

Rodrigo Paz est arrivé au pouvoir en novembre sur fond de pénurie de carburant, avec la promesse de résoudre la crise. Si les files d'attente devant les stations-service ont depuis diminué, les inquiétudes des automobilistes persistent face à ces révélations. La mise en cause d'un réseau transfrontalier représente un tournant dans la gestion officielle de la crise, qui portait jusqu'alors sur des défaillances internes à YPFB.

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