CERAWeek : dirigeants pétroliers en alerte face à la fermeture d'Ormuz
Réunis à Houston pour le forum CERAWeek, les patrons des majors pétrolières ont alerté sur les risques de pénurie liés à la fermeture du détroit d'Ormuz et ses répercussions sur les marchés mondiaux.
| Pays cités | États-Unis, Iran, Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, Venezuela |
|---|---|
| Sociétés citées | Chevron, TotalEnergies, Repsol, ADNOC, Saudi Aramco |
| Secteur | Pétrole, Transport stockage, Gaz, GNL |
| Thème | Politique & Géopolitique, Sécurité énergétique |
La conférence annuelle CERAWeek (Cambridge Energy Research Associates) s'est ouverte dans une atmosphère électrique à Houston, au cœur du bassin pétrolier américain, où elle se tient jusqu'à vendredi. Trois semaines après le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, la fermeture du détroit d'Ormuz et les frappes visant des sites énergétiques du Golfe concentrent l'essentiel des débats. Les milliers de participants réunis au Texas évaluent l'ampleur des perturbations et leurs conséquences pour les marchés mondiaux. Dans ce contexte de tensions sur l'offre, l'AIE se dit prête à libérer de nouvelles réserves stratégiques pour amortir la hausse des cours.
Les majors avertissent d'une sous-estimation du conflit
Mike Wirth, directeur général de Chevron, a estimé devant une salle comble que les marchés avaient eu tendance à sous-estimer l'impact du conflit, en pariant sur une résolution rapide. "L'Asie, en particulier, fait face à de vraies inquiétudes concernant l'approvisionnement" en pétrole et produits dérivés, a-t-il relevé. Il a averti que même après la fin des hostilités, "il faudra du temps pour reconstituer les stocks". Luis Cabra, dirigeant du groupe pétrolier espagnol Repsol, a résumé le sentiment général en évoquant "une période impressionnante".
Patrick Pouyanné, directeur général de TotalEnergies, a prédit des prix du gaz "très élevés d'ici l'été" si le détroit d'Ormuz ne rouvrait pas. Le gaz naturel, qui fixe déjà 85 % des prix électriques britanniques malgré l'essor renouvelable, reste particulièrement exposé à toute perturbation des flux en provenance du Golfe. Plusieurs dirigeants de premier plan ont par ailleurs annulé leur participation au forum texan, notamment ceux de Saudi Aramco et d'Adnoc, dont les pays subissent régulièrement des frappes iraniennes.
Adnoc dénonce un "terrorisme économique" iranien
Depuis Abu Dhabi, Sultan Al Jaber, directeur général d'Adnoc, a transmis un message vidéo dans lequel il a qualifié le blocage de facto du détroit d'Ormuz par l'Iran de "terrorisme économique contre tous les pays". Il a comparé le détroit à une "artère" coupée et affirmé qu'"on ne doit laisser aucun pays prendre Ormuz en otage, ni maintenant, ni à l'avenir". Ces déclarations illustrent la pression croissante que fait peser l'escalade du conflit sur les producteurs du Golfe.
Washington mise sur des mesures pragmatiques
Le ministre américain de l'Énergie, Chris Wright, a ouvert le forum en soulignant que le gouvernement de Donald Trump prenait des "mesures pragmatiques" pour augmenter l'offre disponible, citant notamment la levée partielle des sanctions sur le pétrole russe et iranien. Les perturbations sont "temporaires", a-t-il assuré, alors que la hausse des prix à la pompe s'avère très impopulaire à quelques mois des élections de mi-mandat. Quelques dizaines de manifestants mobilisés par l'ONG Texas Campaign for the Environment ont protesté devant le lieu du forum, soulevant des revendications environnementales et des préoccupations sociales liées à la hausse du coût de la vie.
Le Venezuela s'invite dans le débat sur l'offre pétrolière
En marge des discussions sur le Moyen-Orient, le Venezuela attire l'attention des acteurs du secteur. La capture de l'ancien président Nicolas Maduro le 3 janvier a modifié les perspectives pour ce pays aux vastes réserves d'hydrocarbures, longtemps marginalisé en raison de l'embargo pétrolier américain et d'un appareil de production dégradé. Washington lève désormais ses sanctions et incite à investir dans le pays. Selon Chris Wright, "la production de pétrole a déjà augmenté de 200 000 barils par jour" au Venezuela. La prise de parole attendue mardi de Maria Corina Machado, cheffe de l'opposition vénézuélienne et prix Nobel de la paix, lors d'une session sur l'"avenir du Venezuela", devrait concentrer l'attention pour la suite du forum.










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