La France exige une diplomatie climatique européenne plus ferme face aux émergents
La ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, réclame une posture plus offensive de l'Union européenne dans les négociations climatiques. Elle conditionne un versement de 500 millions d'euros à l'Inde à des engagements climatiques concrets.
| Pays cités | Brésil, États-Unis, Inde, Colombie, Canada |
|---|---|
| Secteur | Enjeux Énergétiques, Climat |
| Thème | Diplomatie, Politique publique |
La ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, a réclamé lundi un changement de posture de l'Union européenne dans les négociations climatiques internationales. Dans un entretien accordé à l'AFP, elle juge que les discussions "se passent mal" et pointe l'inaction des pays émergents. Les États membres débattaient ce mardi à Bruxelles de la diplomatie climatique de l'UE.
La COP30 de Belem pointée du doigt
Tenue en novembre dernier à Belem, au Brésil, la COP30 — conférence des parties de l'ONU sur le climat — n'a selon Barbut abouti qu'à "beaucoup de bavardage et aucune réelle décision sur les gaz à effet de serre". La ministre déplore l'absence de toute mention des énergies fossiles ou de la déforestation dans un sommet organisé au cœur de l'Amazonie. Elle juge par ailleurs que certains pays émergents résument leur position sur la finance climatique à "payez, et circulez, il n'y a rien à voir". Cette succession d'échecs depuis la COP26 de Glasgow motive selon elle une refonte de l'approche diplomatique européenne.
Le retrait des États-Unis de l'Accord de Paris complique davantage la situation pour les Européens. Barbut reconnaît que le bloc s'abritait auparavant "de façon un peu hypocrite" derrière les positions américaines. Avec le Canada et le Royaume-Uni "assez absents" des négociations, l'UE se retrouve seule à incarner le camp occidental dans ces enceintes multilatérales. La ministre en tire la conclusion que l'Europe doit "prendre ses responsabilités et assumer désormais des positions fermes".
500 millions d'euros bloqués : le signal transactionnel
Barbut défend une logique strictement conditionnelle dans l'attribution des financements climatiques européens : "on ne paye que si vous faites". Elle cite l'accord de libre-échange conclu entre l'UE et l'Inde, dans le cadre duquel 500 millions d'euros étaient prévus pour la décarbonation de l'économie indienne. Elle indique avoir écrit à la Commission européenne pour bloquer ce versement. La France conditionne ce financement à la remise par New Delhi d'une NDC — contribution déterminée au niveau national — conforme à ses engagements, ainsi qu'à un comportement différent de l'Inde dans les négociations bilatérales avec l'UE.
L'Union européenne affronte par ailleurs des critiques récurrentes sur son MACF — mécanisme d'ajustement carbone aux frontières — de la part de nombreux pays émergents dans les instances climatiques. Barbut appelle les Européens à mieux préparer leurs négociations en amont, via un document politique validé par les chefs d'État. Elle estime que l'UE doit accepter, si nécessaire, "d'aller jusqu'à l'échec d'une conférence" plutôt que d'avaliser des textes sans portée réelle. Ce changement de méthode viserait à restaurer la crédibilité de Bruxelles sur la scène climatique mondiale.
Vers des coalitions parallèles aux COP
Sans plaider pour la suppression des Conférences des Parties, Barbut suggère de les compléter par d'autres formats de négociation. Si ces sommets deviennent selon ses termes "le Davos du climat", les pays réellement engagés devront se retrouver dans d'autres cadres pour arrêter des engagements concrets sur la sortie des énergies fossiles. Elle mentionne une réunion prévue fin avril en Colombie sur ce thème. L'initiative illustre la montée en puissance des coalitions parallèles aux négociations onusiennes.
La recomposition du leadership climatique mondial s'est accélérée depuis que l'Inflation Reduction Act (IRA) américain a redistribué les cartes de la compétitivité industrielle verte, avant le retrait définitif de Washington de l'Accord de Paris. Le programme REPowerEU, lancé par l'UE pour accélérer sa transition énergétique, témoigne de la capacité du bloc à agir en interne, mais sa portée diplomatique reste limitée face à des partenaires dont les priorités de développement divergent des objectifs climatiques européens. La crédibilité de l'UE dans ces négociations dépendra autant de sa cohésion interne que de la fermeté de ses positions vis-à-vis de ses partenaires commerciaux.











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