Skip to content

Au Royaume-Uni, le gaz fixe 85 % des prix d'électricité malgré les renouvelables

Le marché électrique britannique est dominé par le gaz, qui fixe les prix 85 % du temps. Une réforme structurelle incluant Neso comme acheteur unique permettrait de protéger les ménages des chocs sur les prix des hydrocarbures.

LinkedIn X Email
Au Royaume-Uni, le gaz fixe 85 % des prix d'électricité malgré les renouvelables

Pays citésRoyaume-Uni, Espagne, Portugal
SecteurGaz, Gaz naturel
ThèmeRégulation & Gouvernance, Politique publique

Au Royaume-Uni, le marché de l'électricité repose sur un système de prix marginaux dans lequel la source la plus coûteuse nécessaire pour satisfaire la demande fixe le tarif appliqué à l'ensemble de la production. Le gaz naturel, qui assure environ 25 % de la production électrique britannique, détermine ainsi le prix de l'électricité près de 85 % du temps. Cette configuration expose les ménages britanniques à la volatilité des marchés internationaux des hydrocarbures, quelle que soit la part des renouvelables injectée sur le réseau.

Un mécanisme de fixation des prix structurellement exposé aux chocs gaziers

La flambée des prix du gaz liée aux tensions géopolitiques mondiales se répercute directement sur les factures d'électricité, y compris lorsque l'éolien ou le solaire couvrent une large part de la demande. Le statut de matière première internationale du gaz signifie que des tensions géopolitiques à des milliers de kilomètres se traduisent immédiatement en hausse de factures pour les ménages. Ce mécanisme génère également des profits d'aubaine pour les producteurs non gaziers, qui perçoivent un prix fixé par leurs concurrents plus coûteux.

La stratégie du secrétaire d'État à l'Énergie Ed Miliband consiste à saturer le réseau en capacités renouvelables pour rompre structurellement ce lien entre prix du gaz et factures d'électricité. Cette approche permettrait à terme d'isoler le Royaume-Uni des fluctuations des marchés gaziers internationaux. Toutefois, l'ampleur et la rapidité nécessaires pour que cette expansion produise une réduction sensible des prix de gros représentent un défi sur un horizon de plusieurs années. Tant que le gaz ne sera pas véritablement marginal, il continuerait à fixer le prix la majeure partie du temps.

Un modèle d'acheteur unique et une réserve stratégique proposés

Des propositions de réforme structurelle du marché circulent en parallèle de la stratégie renouvelables. L'une d'elles consisterait à transférer les contrats des centrales renouvelables existantes et du nucléaire vers un modèle d'acheteur unique, Neso — le National Energy System Operator (opérateur du système énergétique national) — jouant le rôle d'acheteur centralisé. Les centrales à gaz seraient dans ce scénario repositionnées dans une réserve stratégique. Cette architecture permettrait aux producteurs de disposer de prix fixes stables tout en retirant au gaz sa fonction de fixateur de prix sur le marché spot.

L'Espagne et le Portugal ont mis en œuvre un mécanisme comparable en 2022, découplant les prix de l'électricité des cours du gaz dans le cadre d'une dérogation négociée aux règles du marché européen. Les prix pour les ménages auraient alors sensiblement reculé — non en modifiant le bouquet énergétique, mais en réformant la structure de marché elle-même. L'expérience ibérique est fréquemment citée pour démontrer qu'une intervention ciblée sur le mécanisme de fixation des prix peut produire des effets rapides sans attendre une décarbonation complète du réseau.

Le financement de la transition, second obstacle structurel

La décarbonation du secteur électrique britannique nécessiterait des centaines de milliards de livres sterling d'investissements dans de nouvelles capacités de production et d'infrastructure réseau. Lorsque ces investissements sont assurés par le secteur privé, les consommateurs supportent un coût financier supérieur à celui qu'impliquerait un financement public direct. Sur la durée de vie des actifs, cumulé sur plusieurs décennies, cet écart représenterait un surcoût significatif pour les ménages.

La combinaison entre expansion des renouvelables et réforme structurelle du marché constituerait ainsi la seule voie permettant de réduire simultanément la volatilité des prix et le coût global de la transition énergétique. Une décarbonation sans réforme du marché laisserait les ménages exposés à la volatilité pendant au moins une décennie. Une réforme sans expansion des renouvelables ne réduirait pas durablement le recours au gaz dans le mix électrique britannique.

Commentaires

Gaz