L’Europe reste divisée sur la Taxonomie Verte

europe

Le sujet, non prévu au programme officiel, a fait l’objet de passes d’armes lors d’une rencontre des ministres européens de l’Environnement et de l’Énergie à Amiens (nord de la France) entre jeudi 20 et samedi 22 janvier 2022.

La taxonomie verte ne peut plus être modifiée par les États membres

Dévoilé fin décembre 2021, le projet de “taxonomie” de la Commission européenne classe comme “durables” les investissements dans les centrales nucléaires et à gaz, afin de faciliter le financement d’activités contribuant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Les États membres avaient jusqu’à vendredi 21 janvier 2022 minuit pour réclamer des modifications à la Commission, avant qu’elle ne publie le texte définitif. Celui-ci sera considéré adopté après quatre mois, sauf rejet par une majorité simple au Parlement européen ou par une majorité qualifiée de 20 États.

La France a confirmé samedi avoir transmis sa contribution, réaffirmant sa volonté que le “nucléaire soit considéré énergie bas carbone” tout en demandant des aménagements sur des contraintes “techniques” ou de calendrier qui pourraient compliquer le recours à l’atome.

“Il y a eu des propositions d’évolution pour que ce soit une réglementation exigeante mais efficace”, indique une source gouvernementale.

Autre défenseur de l’inclusion du nucléaire, Varsovie réclame également des “clarifications”, regrettant que la proposition n’inclue pas la gestion du cycle du combustible (enrichissement de l’uranium, traitement du combustible usé…), au risque de rendre les contraintes de la taxonomie “inatteignables” en Pologne, qui ne dispose encore d’aucune centrale, et donc d’aucune infrastructure.

“Abus de pouvoir”

Du côté des États, un rejet semble hors de portée : une douzaine de pays soutiennent l’atome, autour de la France, confrontée à un mur d’investissements pour relancer sa filière nucléaire.

“Le nucléaire est décarboné. On ne peut pas s’en priver au moment où nous devons baisser très rapidement nos émissions”, justifie jeudi 20 janvier 2022 la ministre française de la Transition écologique Barbara Pompili.

À l’inverse, les opposants à l’atome persistent : “ce n’est pas une énergie verte ni durable”, en raison du coût et des risques d’accidents, tandis que “la question de la gestion des déchets n’est pas résolue”, tranche le secrétaire d’État allemand à l’Environnement Stefan Tidow.

“Ça serait du ‘greenwashing’. Cela enverrait le mauvais signal : ce n’est même pas une énergie de transition” car elle s’inscrit sur le long terme, déclare à l’AFP la ministre luxembourgeoise de l’Environnement Carole Dieschbourg.

Le Luxembourg et l’Autriche proches d’une action en justice

Le Luxembourg, tout comme l‘Autriche, menace de porter plainte contre la taxonomie verte. Outre les risques sécuritaires et l’incertain destin des déchets, le Luxembourg avance un argument juridique.

La Commission outrepasserait ses droits en traitant une question aussi cruciale dans un simple texte technique, un “acte délégué” supposé porter sur des points “non essentiels”. “C’est un abus de pouvoir”, dénonce le ministre luxembourgeois de l’Énergie, Claude Turmes.

“Trompeur”

“Cela minerait la crédibilité de la taxonomie : il serait trompeur d’appeler ‘durables’ des énergies qui ne le sont pas, pas sûres, trop chères et trop lentes contre le changement climatique”, renchérit son homologue autrichienne Leonore Gewessler, pour qui l’atome ne répond pas au critère légal de “ne pas causer de dommages importants à l’environnement”.

La Commission a néanmoins proposé un critère de transparence : les projets et produits financiers devront préciser la part des activités financées dans l’atome, permettant de choisir des investissements “verts” garantis sans nucléaire.

Si Vienne et Luxembourg appellent Berlin à rejoindre l’éventuelle procédure judiciaire, l’Allemagne réserve sa réponse, promettant d'”analyser juridiquement” le texte final. Pour l’heure, l’Allemagne devrait s’abstenir de voter la proposition de taxonomie.

Aucune raison scientifique d’intégrer le gaz selon les Pays-Bas

Le gaz, énergie fossile, suscite également les réticences : les Pays-Bas, favorables à l’inclusion du nucléaire, ne voient “aucune raison scientifique d’intégrer le gaz”.

A contrario, dans une communication samedi, l’Allemagne a jugé que le gaz, certes, “non durable à long terme”, peut s’avérer nécessaire pour assurer la transition, en permettant “une sortie rapide du charbon”, notamment en Europe centrale, et en accompagnant “la montée en puissance des renouvelables”.

Ce que confirme Varsovie, contraint de remplacer rapidement ses polluantes centrales au charbon : “Les remplacer par du gaz, cela a du sens climatiquement”, estime auprès de l’AFP le secrétaire d’État polonais Adam Guibourgé-Czetwertynski.

Sur la même thématique