Le Pakistan en surplus de GNL menacé par la fermeture du détroit d'Ormuz
La fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran menace l'approvisionnement en GNL du Pakistan, qui dépend à 99 % du Qatar et des Émirats arabes unis, selon un rapport de l'IEEFA.
| Pays cités | Pakistan, Qatar, Iran, Émirats Arabes Unis, Inde |
|---|---|
| Secteur | Gaz, Gaz naturel, GNL |
| Thème | Politique & Géopolitique, Sécurité énergétique |
La montée des tensions entre les États-Unis, Israël et l'Iran perturbe les marchés énergétiques mondiaux, faisant grimper les cours du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL). Selon un rapport de l'Institut pour l'économie de l'énergie et l'analyse financière (IEEFA), la fermeture par l'Iran du détroit d'Ormuz — voie de passage stratégique pour les tankers GNL — expose le Pakistan, l'Inde et le Bangladesh à des risques de pénurie. Le Qatar a suspendu sa production et déclaré la force majeure après que son terminal de liquéfaction de Ras Laffan a été frappé, amplifiant l'incertitude sur les marchés mondiaux du gaz. La hausse des prix de gros pourrait alourdir le coût du GNL livré au Pakistan, tandis que les négociations de révision tarifaire risquent d'être retardées.
Un approvisionnement concentré sur deux fournisseurs
Le Pakistan dépend à 99 % du Qatar et des Émirats arabes unis (EAU) pour ses importations de GNL. Face à la crise, le gouvernement a suspendu 78 mmcfd (millions de pieds cubes par jour) de GNL destinés au secteur des engrais et réduit la regazéification dans deux terminaux à 100 mmcfd, contre 500 mmcfd auparavant. Ces mesures interviennent dans un contexte paradoxal de surplus : le pays est entré en 2026 avec des stocks excédentaires, les taux d'utilisation des centrales restant en dessous des niveaux minimaux de déclenchement. L'IEEFA estime que le Pakistan pourrait absorber des perturbations à court terme si la crise régionale se limite à quelques semaines.
Les importations de GNL avaient rebondi en 2024 à 7,85 millions de tonnes, soit une hausse de 13 % par rapport à 2023. Mais la faiblesse de la demande et des prix élevés ont engendré un surplus systémique dès le quatrième trimestre de la même année.
Demande en recul et montée en puissance du solaire distribué
Le secteur de l'électricité représente près de 70 % de la consommation nationale de GNL. En 2025, cette consommation a reculé de 1,21 million de tonnes, équivalent à 4,5 térawattheures (TWh) de production électrique en moins. Les centrales étatiques de Bhikki, Balloki, Haveli Bahadur Shah et Trimmu ont souffert de sous-utilisation ; Trimmu a affiché un taux moyen de 16 % sur l'année. Les petites centrales thermiques ont vu leurs taux d'utilisation tomber entre 0 et 4 %.
Parallèlement, la capacité solaire distribuée a bondi à 34 gigawatts (GW) en 2025, réduisant la consommation sur réseau de près de 11 % par rapport à l'exercice fiscal 2022. Cette progression atténue la dépendance aux centrales alimentées au GNL et constitue un amortisseur face aux chocs potentiels sur la demande électrique.
Contrats rigides et dette circulaire pesante
Les contrats à long terme conclus avec le Qatar et ENI, dépourvus de clauses de flexibilité, ont contraint le gouvernement à revendre 24 cargaisons contractées avec le Qatar et 11 avec ENI sur une base de différentiel de produits nets. Des détournements supplémentaires sont possibles si la demande reste faible. Ces opérations contribuent à alourdir la dette circulaire du secteur énergétique, évaluée à 11 milliards de dollars (PKR 3,3 billions).
La révision tarifaire prévue avec le Qatar en mars 2026 représente une opportunité de renégocier les conditions de prix. Les contrats actuels portent un indice de 13,37 % sur le Brent, supérieur à celui des pays voisins, ce qui laisse envisager une révision à la baisse. L'IEEFA souligne que des clauses de flexibilité — sur la destination et les volumes — pourraient s'avérer déterminantes à mesure que les marchés mondiaux du GNL évoluent vers des conditions excédentaires, une fois les perturbations liées au Moyen-Orient dissipées.
Vers une stratégie énergétique proactive
L'IEEFA recommande au Pakistan d'accélérer le développement du solaire, de réduire les volumes de GNL contractés par rapport à la demande réelle, et de passer d'une gestion de crise réactive à une stratégie énergétique proactive. Cela implique des achats flexibles, une prévision avancée de la demande, le développement de la génération distribuée et une capacité institutionnelle renforcée pour sécuriser des conditions d'approvisionnement adaptables. Le pays explore également des routes alternatives d'approvisionnement pétrolier et cherche à accroître sa production intérieure.
La renégociation des contrats pour écouler les surplus offre un soulagement temporaire, mais ne règle pas le problème structurel : une stratégie d'approvisionnement énergétique en décalage avec l'évolution de la demande intérieure et la croissance rapide des renouvelables. La fragilité des pays fortement dépendants des importations de gaz face aux chocs géopolitiques illustre les risques systémiques d'une exposition excessive aux marchés internationaux du GNL.










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