Skip to content

Détroit d'Ormuz : les frappes en Iran font grimper le pétrole à 83 dollars

Les frappes américano-israéliennes sur l'Iran soulèvent le spectre d'une fermeture du Détroit d'Ormuz, par lequel transitent chaque jour 20 % de la production pétrolière mondiale et 20 % des expéditions mondiales de gaz naturel liquéfié.

LinkedIn X Email
Détroit d'Ormuz : les frappes en Iran font grimper le pétrole à 83 dollars

Pays citésÉtats-Unis, Israël, Iran, Qatar
SecteurPétrole, Gaz, GNL
ThèmePolitique & Géopolitique, Sécurité énergétique

Les frappes menées par les États-Unis et Israël contre l'Iran ont ravivé les craintes d'une crise énergétique mondiale. Le brut Brent a atteint 83 dollars le baril mardi matin. Les taux de fret journaliers des méthaniers transportant du gaz naturel liquéfié (GNL) ont bondi de plus de 40 % après que le Qatar a suspendu sa production lundi. Le président Donald Trump a indiqué que le conflit pourrait durer quatre à cinq semaines, voire bien plus longtemps.

Un point de passage sans alternative

Le Détroit d'Ormuz, voie maritime reliant le golfe Persique au golfe d'Oman et à la mer d'Arabie, constitue le nœud central de la crise. Chaque jour, 20 % de la production pétrolière mondiale, 20 % des expéditions mondiales de GNL et un tiers du commerce mondial y transitent. L'Iran, qui borde le détroit, a menacé mardi de mettre le feu à quiconque tente de passer, selon la BBC. Plusieurs pétroliers ont déjà subi des dégâts et de nombreuses compagnies de transport maritime ont suspendu leur transit par cette route.

« C'est un goulet d'étranglement très étroit, et s'il est fermé, ou si le passage est restreint, il n'existe aucune autre voie de sortie », indique Jim Krane, chercheur en énergie et spécialiste du Moyen-Orient à l'Institut Baker de la Rice University. Les répercussions seraient mondiales, selon Karen Young, chercheuse principale au Centre de politique énergétique mondiale de l'Université Columbia : « Cela aura un large effet sur les marchés de l'énergie, pas seulement au Moyen-Orient ou en Asie, mais aussi en Europe. » Les pays d'Asie, de l'Inde à la Corée du Sud, restent particulièrement exposés en raison de leur dépendance au pétrole et au gaz du golfe Persique.

Des répercussions au-delà de l'énergie

Plus de 90 % des transports mondiaux utilisent le pétrole comme carburant, que ce soit pour le fret, les passagers, l'aviation, la navigation ou les véhicules individuels, rappelle Jim Krane. Les plastiques, le chauffage, la climatisation et la cuisine dépendent également du pétrole ou du gaz naturel. Toute pénurie ou restriction d'approvisionnement renchérit l'ensemble de ces usages. Une fermeture prolongée du détroit pourrait déclencher une inflation généralisée, avertissent les experts.

Un déficit d'environ 10 millions de barils par jour pourrait se matérialiser dans les prochaines semaines, selon Karen Young. Certains facteurs pourraient néanmoins atténuer l'ampleur du choc : l'Arabie saoudite aurait constitué d'importants stocks à destination des clients asiatiques. L'Agence internationale de l'énergie (AIE), créée à la suite de la crise pétrolière des années 1970, recommande à ses membres de maintenir au minimum 90 jours de réserves pétrolières. Les États-Unis disposent par ailleurs de leurs réserves pétrolières stratégiques, constituées en réponse à la crise de la même époque.

Un précédent historique aux contours différents

Il y a plus de 50 ans, plusieurs États arabes membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) avaient réduit leur production et limité leurs exportations pour protester contre le soutien américain à Israël lors de la guerre du Kippour. Les États-Unis importaient alors plus d'un tiers de leur pétrole et subirent une pénurie sévère. La révolution iranienne de 1979 déclencha un second choc pétrolier. Depuis ces crises, la plupart des nations ont constitué des réserves stratégiques — une pratique quasi inexistante avant 1973 —, réduisant partiellement leur vulnérabilité à un choc d'approvisionnement comparable.

Commentaires

Pétrole