L’objectif biométhane 2030 de l’UE menacé malgré une production de 22 Bcm de biogaz
La production européenne de biogaz et biométhane a progressé de 34 % depuis 2015. Malgré cette croissance, les plans nationaux affichent un déficit majeur par rapport à l’ambition de 35 Bcm fixée par REPowerEU, révélant les tensions structurelles du secteur.
| Pays cités | Allemagne, Danemark, France, Italie, Pays-Bas |
|---|---|
| Sociétés citées | Oxford Institute for Energy Studies |
| Secteur | Énergie Biomasse |
| Thème | Marchés & Finance |
La production combinée de biogaz et de biométhane en Europe a atteint 232 TWh, soit 22 milliards de mètres cubes (Bcm), en 2024, selon les données de l’European Biogas Association (EBA). Cette progression de 34 % par rapport aux 173 TWh enregistrés en 2015 place le continent à l’origine de près de la moitié de la production mondiale. Au sein de l’Union européenne, la production s’est établie à 200 TWh, soit 19 Bcm, le biométhane seul représentant 52 TWh (5,2 Bcm). La capacité installée de biométhane atteignait 7 Bcm par an à la mi-2025, avec 1 620 installations en exploitation.
Un objectif 2030 hors de portée
L’objectif non contraignant de 35 Bcm de biométhane fixé par le plan REPowerEU pour 2030 apparaît désormais difficilement atteignable. D’après l’Oxford Institute for Energy Studies (OIES), les plans nationaux énergie-climat des États membres prévoient une production combinée de seulement 25,8 Bcm par an, dont une estimation de 12 à 15 Bcm de biométhane. Le déficit par rapport à l’ambition initiale atteindrait ainsi 20 à 23 Bcm. La Commission européenne évoque désormais la nécessité d’atteindre 35 Bcm « sous forme de biogaz ou de sa version améliorée », ce qui pourrait signaler une révision des attentes en matière de décarbonation du gaz.
La concentration géographique de la production demeure élevée. Cinq États membres, à savoir la France, l’Allemagne, le Danemark, l’Italie et les Pays-Bas, ainsi que le Royaume-Uni, fournissent 90 % du biométhane européen. La France a récemment supplanté l’Allemagne comme premier producteur de biométhane de l’Union européenne, tandis que l’Allemagne conserve sa position dominante pour la production combinée biogaz-biométhane.
Des coûts structurellement supérieurs au gaz naturel
Les coûts de production du biométhane oscillent entre 50 et 175 €/MWh selon le type de matière première, la taille des installations et les facteurs locaux, d’après l’OIES. Ces niveaux restent supérieurs au prix moyen du gaz naturel TTF observé en 2025, estimé à environ 38 €/MWh. L’institut souligne l’absence de réduction significative des coûts de production depuis la fin des années 2010. Si les économies d’échelle ont permis de réduire les dépenses d’investissement pour les grandes installations, ces gains auraient été partiellement compensés par la hausse des coûts opérationnels, notamment liée à l’augmentation des prix de l’électricité.
En France, le coût budgétaire du soutien au biométhane illustre cette tension. Les dépenses ont dépassé 1 milliard d’euros en 2024 et devraient atteindre 1,3 milliard d’euros en 2026, selon les données de la Commission de régulation de l’énergie citées par la Cour des comptes française.
Un marché européen fragmenté
Le commerce transfrontalier de biométhane reste marginal. Les échanges ne représentaient que 5 % de la production totale de biométhane dans l’Union européenne en 2024, soit 2,7 TWh selon le European Renewable Gas Registry. L’Allemagne domine les importations, tandis que le Danemark, le Royaume-Uni et les Pays-Bas constituent les principaux exportateurs. Cette fragmentation reflète, d’après l’OIES, l’absence de stratégie cohérente à l’échelle européenne pour développer le secteur.
Deux modèles de croissance s’affrontent. Le premier, centré sur les producteurs, repose sur des subventions publiques et une logique d’économie circulaire englobant biogaz et biométhane. Le second, orienté vers les acheteurs, privilégie l’intégration au marché intérieur du gaz et la flexibilité réglementaire pour le seul biométhane. La réglementation européenne actuelle autorise la coexistence de ces approches, ce qui génère des incertitudes pour les acteurs du marché et pourrait freiner les investissements nécessaires à l’atteinte des objectifs de décarbonation.











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