Un pétrolier russe sous sanctions attendu mardi à Cuba avec 730 000 barils
L'Anatoly Kolodkin, pétrolier russe frappé de sanctions américaines transportant 730 000 barils de brut, s'apprête à accoster à Cuba, défiant le blocus américain alors que l'île subit de sévères pénuries depuis le 9 janvier.
| Secteurs | Pétrole, Transport stockage |
|---|---|
| Thèmes | Politique & Géopolitique, Sécurité énergétique, Régulation & Gouvernance, Réglementation |
| Pays | Cuba, Russie, États-Unis, Venezuela, Mexique |
L'Anatoly Kolodkin, pétrolier russe frappé de sanctions américaines et transportant 730 000 barils de brut, remontait dimanche soir la côte nord de Cuba en direction du port de Matanzas, au nord-ouest de l'île, selon le site de suivi maritime MarineTraffic. Le navire progressait à environ 13 nœuds (24 km/h) après avoir dépassé la pointe est du territoire. Son arrivée, initialement anticipée lundi, a été réévaluée à mardi par la plateforme. Le pétrolier avait chargé sa cargaison au port russe de Primorsk le 8 mars, avant d'être escorté par un bâtiment de la Marine russe à travers la Manche, les deux navires se séparant à l'entrée de l'Atlantique selon la Marine britannique.
Une île privée de pétrole depuis le début de l'année
Cuba avait perdu son principal fournisseur régional en janvier, lorsque les forces américaines ont capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro. Caracas assurait l'essentiel de l'approvisionnement en carburant de l'île depuis 25 ans. Dans ce contexte de réorganisation des flux pétroliers régionaux, les majors internationales réévaluent leur exposition : Chevron, Shell et ExxonMobil pèsent les risques d'un engagement coûteux au Venezuela. Cuba n'a plus importé de pétrole depuis le 9 janvier, date de la dernière livraison mexicaine interrompue sous la pression de la Maison Blanche.
Peuplée de près de 10 millions d'habitants, l'île subit des coupures d'électricité pouvant durer plus de 20 heures. Le pays a enregistré au moins sept pannes nationales depuis le début de 2024, dont deux en mars 2026. Le président Miguel Diaz-Canel a imposé un strict rationnement du carburant, drastiquement réduit les transports publics et contraint certaines compagnies aériennes à suspendre leurs vols. Les prix des carburants se sont envolés.
Plusieurs semaines avant que le carburant n'atteigne les consommateurs
Jorge Piñón, expert du secteur énergétique cubain à l'université d'Austin, au Texas, indique qu'une fois la cargaison arrivée, il faudra entre 15 et 20 jours pour traiter le pétrole brut, puis encore 5 à 10 jours pour distribuer les produits raffinés. La cargaison de l'Anatoly Kolodkin pourrait être transformée en 250 000 barils de gazole (carburant diesel), selon cet ancien cadre du secteur pétrolier. Cette quantité couvrirait la demande nationale pendant environ 12 jours et demi.
Le gouvernement cubain devra choisir si ce carburant alimente les groupes électrogènes de secours ou les autobus, tracteurs et trains nécessaires pour maintenir l'économie. « Le besoin urgent aujourd'hui à Cuba, c'est le gazole », souligne M. Piñón. L'expert s'est par ailleurs dit surpris que Washington n'ait pas tenté d'intercepter le pétrolier, estimant qu'une fois le navire entré dans les eaux cubaines, « il sera presque impossible pour le gouvernement américain de l'arrêter ».
Washington oscille entre tolérance rhétorique et sanctions maintenues
Le président américain Donald Trump a déclaré dimanche ne pas s'opposer à l'envoi de pétrole à Cuba. « Si un pays souhaite envoyer du pétrole à Cuba dès maintenant, cela ne me pose aucun problème, qu'il s'agisse de la Russie ou non », a-t-il affirmé, ajoutant que « Cuba est finie » et que la livraison d'une cargaison « n'aura aucune importance ». Le New York Times avait auparavant rapporté que les garde-côtes américains autorisaient le pétrolier à rejoindre l'île, citant un responsable anonyme.
Le 19 mars, le gouvernement américain avait néanmoins précisé que les hydrocarbures russes ne pouvaient être livrés ni à Cuba ni à la Corée du Nord, y compris après l'assouplissement récent de certaines sanctions contre le pétrole russe. Ce brut continue de s'écouler vers d'autres marchés : la raffinerie philippine Petron a acquis 2,48 millions de barils de brut russe. Par ailleurs, le Sea Horse, pétrolier battant pavillon hongkongais initialement signalé comme transportant du gazole russe vers Cuba, a pénétré dans les eaux vénézuéliennes, selon les données de la société Kpler.
Des liens Moscou-La Havane renforcés depuis 2022
Le 20 mars, le Kremlin avait indiqué discuter avec Cuba des moyens d'aider l'île, se refusant à commenter les informations sur une livraison secrète de gazole russe. Moscou et La Havane collaborent étroitement depuis la période soviétique et ont renforcé leurs liens depuis que la Russie a lancé son offensive en Ukraine en 2022. L'envoi de l'Anatoly Kolodkin illustre la capacité de Moscou à maintenir des corridors d'approvisionnement malgré les restrictions occidentales.