Le ministre français de l'Économie alerte sur un choc pétrolier aux effets systémiques
Roland Lescure alerte sur un nouveau choc pétrolier lié à la guerre au Moyen-Orient, susceptible de coûter 0,3 à 0,4 point de croissance à la France si le baril se maintient à 100 dollars.
| Pays cités | France, Allemagne, Italie |
|---|---|
| Secteur | Pétrole, Carburants, Gaz, GNL |
| Thème | Politique & Géopolitique, Sécurité énergétique |
Roland Lescure, ministre français de l'Économie, a déclaré mardi devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale que la guerre au Moyen-Orient provoquait «un nouveau choc pétrolier» susceptible de peser durablement sur la croissance du pays. Il a écarté l'hypothèse d'une crise passagère, estimant que l'idée de conséquences économiques s'effaçant avec la fin des bombardements «n'est malheureusement désormais plus d'actualité». Le ministre a averti que si ce choc énergétique persistait au-delà de quelques semaines, la crise pourrait prendre «une nature plus systémique».
Quinze à vingt pour cent du pétrole mondial hors des marchés
Selon M. Lescure, la crise prive les marchés mondiaux de 15 à 20 % du pétrole et de 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL), soit 11 millions de barils en moins par jour pour l'économie mondiale. Les cours du pétrole reculent, l'AIE prête à libérer de nouvelles réserves stratégiques, mais le ministre juge que l'ampleur du choc reste préoccupante. Il a précisé surveiller «la diffusion plus large du choc dans l'économie», dont l'intensité dépendra de la durée et de l'ampleur du conflit.
D'après le ministre, une hausse permanente de 10 dollars du baril représente environ 0,1 point de croissance en moins et 0,3 point d'inflation en plus pour la France. Un baril maintenu à 100 dollars — soit un choc de 35 dollars par rapport au scénario d'avant-crise — conduirait à un impact négatif de 0,3 à 0,4 point sur la croissance et d'un point sur l'inflation. Le pétrole a rebondi à 100 dollars le baril dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes. L'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) prévoit une croissance de 0,2 % au premier trimestre comme au deuxième trimestre de l'année.
La France mieux positionnée que ses voisins européens
Interrogé mardi soir sur France Inter, Roland Lescure a tempéré son propos, rappelant que la France «n'est pas dans les années 1970» et se trouve «moins exposée et mieux préparée que d'autres pays». Il a mis en avant la structure du parc électrique français, fondé sur le nucléaire et non sur le gaz, contrairement à l'Allemagne ou à l'Italie. «La France est entrée dans cette crise plutôt en bonne forme», a-t-il déclaré, tout en prévenant que «ça va nous coûter» si le conflit venait à durer.
Sur le volet budgétaire, M. Lescure a indiqué attendre les conclusions d'un «comité d'alerte» prévu le 21 avril avant d'envisager toute révision du budget de l'État. Il a annoncé que le ministre des Comptes publics David Amiel allait mettre en place «dans les prochains jours» un observatoire de la crise chargé de suivre son impact sur les finances publiques. Un choc pétrolier pèse à la fois sur les recettes fiscales via une croissance amoindrie, et sur certaines dépenses de prestations sociales, a rappelé le ministre.
Surveillance des marges dans les stations-service
Face à la colère des consommateurs liée à la hausse des prix à la pompe, Roland Lescure a assuré que l'État n'allait pas «s'enrichir» de la crise. Il a indiqué que «plus de 1 000 contrôles» avaient été effectués dans des stations-service, révélant «5 % d'excès» dans les marges pratiquées. Globalement, selon le ministre, «les marges des distributeurs n'ont pas augmenté». Il a également écarté toute baisse des taxes sur les carburants.










