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La ministre allemande de l'énergie dénonce l'abandon du nucléaire comme erreur majeure

Lors de la conférence CERAWeek à Houston, la ministre allemande de l'Énergie a qualifié d'erreur monumentale la sortie du nucléaire, qui a privé l'Allemagne de 20 GW de production décarbonée.

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La ministre allemande de l'énergie dénonce l'abandon du nucléaire comme erreur majeure

Plan énergétique

La ministre allemande de l'Énergie a qualifié d'«erreur monumentale» l'abandon du nucléaire décidé par les gouvernements précédents, lors de la conférence CERAWeek à Houston, au Texas. L'Allemagne a ainsi perdu 20 GW de production électrique décarbonée à des prix abordables, selon ses déclarations. Les prix du pétrole, du diesel et du kérosène connaissent actuellement une forte hausse en Allemagne, sans que des pénuries de volumes ne soient encore constatées. Si le conflit géopolitique devait se prolonger, des tensions sur les volumes pourraient apparaître «probablement en avril ou mai», a-t-elle averti. La prolongation de la crise ferait, selon elle, peser une pression accrue sur «la fragile reprise de l'économie allemande».

Un rééquilibrage des priorités énergétiques réclamé

Reiche a rappelé que les gouvernements précédents avaient opté pour la sortie du charbon afin de respecter les objectifs climatiques, mais que la sortie du nucléaire constituait, en revanche, «une erreur monumentale — et nous manquons de cette énergie». La ministre a plaidé pour un changement de cap : «Cela ne signifie pas que nous abandonnons tous nos objectifs de durabilité... mais il faut un équilibre — l'accessibilité des prix, l'abondance énergétique et la sécurité de l'approvisionnement doivent être au centre.» L'Allemagne avait concentré ses efforts sur la protection du climat, au détriment de l'accessibilité des prix — «une erreur que nous allons corriger», a-t-elle dit. Elle a également souligné la nécessité de maintenir une base industrielle compétitive, condition qui exige des prix de l'énergie compétitifs.

La ministre a mis en garde contre la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement énergétiques mondiales. «La situation actuelle montre à quelle vitesse les conflits géopolitiques deviennent de véritables risques économiques. La dépendance à des flux énergétiques géographiquement concentrés est un risque structurel», a-t-elle déclaré. Sa réponse passe par davantage de diversification, de résilience et une politique énergétique conciliant sécurité d'approvisionnement, accessibilité et durabilité. Elle a estimé que l'Union européenne (UE) devait admettre que le Pacte vert européen et la «prime verte» n'avaient pas permis de maintenir la compétitivité face au reste du monde.

Un démantèlement progressif achevé en avril 2023

Jusqu'en mars 2011, l'Allemagne produisait un quart de son électricité grâce au nucléaire. En août 2011, le 13e amendement de la loi allemande sur l'énergie nucléaire est entré en vigueur, actant la volonté politique de sortir de la fission nucléaire. Huit réacteurs ont été arrêtés immédiatement : Biblis A et B, Brunsbüttel, Isar 1, Krümmel, Neckarwestheim 1, Phillipsburg 1 et Unterweser. Dans ce contexte de réexamen mondial du nucléaire, l'industrie nucléaire mondiale attend en 2026 des jalons décisifs, de Rooppur à Onkalo, illustrant la divergence croissante entre la trajectoire allemande et celle d'autres États.

Les centrales de Brokdorf, Grohnde et Gundremmingen C ont été définitivement fermées fin décembre 2021. Les trois dernières unités en activité — Emsland, Isar 2 et Neckarwestheim 2 — ont cessé de produire en avril 2023. L'ensemble des sites se trouve désormais à diverses étapes de démantèlement.

Un consensus politique qui se construit en Europe

Le chancelier Friedrich Merz a lui aussi qualifié d'erreur la décision de sortir du nucléaire. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait déclaré le mois précédent qu'il s'agissait d'«une erreur stratégique pour l'Europe de tourner le dos à une source d'énergie fiable, abordable et à faibles émissions». La Cour des comptes européenne a par ailleurs critiqué l'absence de stratégie nucléaire internationale de l'UE, soulignant les lacunes institutionnelles persistantes dans ce domaine.

Les dirigeants de plusieurs États membres — dont l'Allemagne, la France et l'Italie — exercent une pression forte pour réformer la réglementation communautaire et retrouver un niveau de compétitivité. Reiche a estimé que la Commission européenne «commence à comprendre», mais que le processus de correction «est très, très lent». «Chaque jour sans action, nous perdons de la compétitivité, car d'autres régions du monde avancent plus vite», a-t-elle déclaré.

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