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Le Brésil contraint les banques à bloquer le crédit aux fermes déforestées

Une nouvelle règle brésilienne oblige les banques à vérifier via satellite l'état de déforestation des exploitations avant d'accorder des crédits agricoles subventionnés, couvrant environ 53 milliards de dollars de prêts publics.

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Le Brésil contraint les banques à bloquer le crédit aux fermes déforestées

Secteurs Enjeux Énergétiques, Climat
Thèmes Régulation & Gouvernance, Politique publique
Pays Brésil

Le Brésil franchit une nouvelle étape dans sa lutte contre la déforestation en mobilisant le secteur bancaire comme instrument de contrôle environnemental. Une règle entrant en vigueur ce mercredi contraint les établissements de crédit à vérifier, à l'aide d'outils gouvernementaux basés sur des images satellite, si les candidats aux prêts ruraux ont procédé à des défrichements sur leurs exploitations. Les agriculteurs sollicitant des crédits financés par l'État doivent désormais fournir des justificatifs de déforestation autorisée si les gestionnaires de banque détectent des défrichements en Amazonie ou dans les zones boisées depuis 2019.

53 milliards de dollars de crédits publics dans le viseur

Selon les données de la Banque centrale brésilienne, cette nouvelle règle couvrira environ 53 milliards de dollars de prêts accordés avec des subventions fédérales aux agriculteurs brésiliens, soit environ un tiers du crédit rural. Elle s'applique également au segment privé en pleine expansion via les lettres de crédit agro-industriel (LCA), un instrument d'investissement populaire exonéré d'impôt sur le revenu pour les particuliers, dont environ la moitié transite par les canaux de crédit rural des banques. Les projections disponibles indiquent que l'encours de ces LCA aurait atteint 114 milliards de dollars d'ici à 2025.

Une analyse réalisée par le Climate Policy Initiative (CPI), groupe de réflexion basé à Rio de Janeiro, établit que 17 % des prêts ruraux décaissés entre 2020 et 2024 concernaient des exploitations situées sur des terres déforestées durant la période 2020-2023. « Cela envoie un signal au secteur indiquant que le système financier ne sera pas impliqué dans ces activités de déforestation », déclare Juliano Assuncao, directeur exécutif du CPI.

L'engagement de Lula face aux pressions agricoles

Cette mesure s'inscrit dans les engagements du président Luiz Inácio Lula da Silva, qui a promis de mettre fin à la déforestation au Brésil d'ici à 2030. André Lima, à la tête du ministère brésilien de l'Environnement, pilote ces efforts. La politique vise à priver les déforesteurs de milliards de dollars en crédits publics. « Vous pouvez toujours le faire, mais avec votre propre argent, et non avec l'argent public », indique Lima.

Le puissant secteur agricole brésilien réagit négativement à cette mesure. La Confédération nationale de l'agriculture et de l'élevage du Brésil (CNA), premier groupe de lobbying agricole du pays, annonce qu'elle travaillera à modifier les règles au Congrès, où siège un puissant caucus agricole. L'organisation conteste la fiabilité des images satellite utilisées pour détecter les défrichements. Deux études académiques menées entre 2019 et 2020 indiquent toutefois que Prodes, le système de surveillance satellite du gouvernement brésilien, affiche un taux de précision de 93 %, avec une tendance à sous-estimer les zones déforestées plutôt qu'à signaler des défrichements inexistants.

Les banques en retrait de l'opposition

Les groupes du secteur financier n'ont pas exprimé d'opposition formelle à la nouvelle règle. Dans un communiqué, la fédération bancaire Febraban indique que ces mesures renforceraient ses engagements en matière de durabilité et garantiraient des décisions de prêt sécurisées. Un cadre dirigeant d'une grande banque, s'exprimant sous couvert d'anonymat, explique que la mesure pourrait réduire les risques pour les établissements en refusant les demandes de prêt d'agriculteurs susceptibles d'être ultérieurement exclus des chaînes d'approvisionnement pour des raisons environnementales.

Cette réglementation n'est pas sans précédent : dès 2008, le gouvernement brésilien avait bloqué les crédits pour les exploitations ayant reçu des amendes environnementales, et une disposition adoptée en 2024 interdit désormais aux fermes situées dans des zones protégées de bénéficier de tout crédit. La question de savoir si la nouvelle règle résistera aux pressions du lobby agricole au Congrès demeure ouverte, dans un contexte où Lula a déjà essuyé plusieurs revers législatifs sur les questions environnementales.

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