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L'UE, à 70 % d'électricité propre, refuse les fossiles canadiens en pleine surabondance

Bruxelles ne compte pas sur le pétrole ni le gaz naturel liquéfié canadiens. L'Union européenne mise sur les renouvelables et le nucléaire pour atteindre la neutralité climatique d'ici 2050.

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L'UE, à 70 % d'électricité propre, refuse les fossiles canadiens en pleine surabondance

Pays citésCanada, États-Unis, Russie, Chine, Inde
ThèmePolitique & Géopolitique, Diplomatie

L'Union européenne ne prévoit pas de recourir au pétrole ni au gaz naturel liquéfié (GNL) canadiens pour assurer sa sécurité énergétique. Belén Martínez Carbonell, secrétaire générale du Service européen pour l'action extérieure (SEAE), le corps diplomatique de l'UE, l'a déclaré lors d'une conférence de presse à Ottawa le 27 février 2025. La haute fonctionnaire européenne était en visite au Canada pour discuter de priorités en matière de politique étrangère et de défense avec de hauts responsables canadiens.

L'Europe mise sur le renouvelable et le nucléaire

"Notre politique consiste généralement à donner la priorité aux sources d'énergie propres, car nous sommes en bonne voie pour respecter nos objectifs 2050", a déclaré Martínez Carbonell. Selon la diplomate, plus de 70 % de l'électricité européenne provient déjà des énergies renouvelables ou du nucléaire. L'UE s'est fixé pour objectif de devenir le "premier continent climatiquement neutre au monde" d'ici 2050. Cette orientation stratégique rend peu probable un recours massif aux combustibles fossiles canadiens.

L'Europe a augmenté ses importations de GNL en provenance des États-Unis après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022. Ce pivot visait à réduire la dépendance aux hydrocarbures russes, dont les importations ont été progressivement abandonnées. Mais le recours accru au GNL, riche en méthane, complique les ambitions climatiques de l'UE. Bruxelles cherche à concilier sécurité d'approvisionnement et décarbonation de son mix énergétique.

Le Canada cherche des débouchés dans un marché en surabondance

Le Canada fait face à un contexte difficile pour l'exportation de ses combustibles fossiles, dans un environnement mondial de surabondance énergétique. La province d'Alberta vient de publier un budget révélant que la baisse des prix du pétrole a entraîné une diminution de 5,4 milliards de dollars (7,5 milliards CAD) des redevances tirées des sables bitumineux. Les incertitudes commerciales avec les États-Unis, premier partenaire commercial du Canada depuis l'élection du président Donald Trump, ont par ailleurs suscité un intérêt accru de la Chine pour l'énergie canadienne.

Le gouvernement indien a également signalé sa volonté d'importer des produits pétroliers et gaziers canadiens, selon des déclarations de son haut-commissaire, alors que le Premier ministre Mark Carney effectuait une visite dans ce pays. Des frappes américaines récentes en Iran et des représailles dans la région ont déjà affecté le marché mondial du pétrole. Ces tensions géopolitiques pourraient faire remonter les cours, offrant un certain répit aux producteurs canadiens.

Le mécanisme européen d'ajustement carbone aux frontières en discussion

En janvier 2025, l'UE a mis en place le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF), qui instaure une taxe sur les importations de produits à forte intensité carbone comme l'acier et le ciment. Ce mécanisme soulève la question de savoir si le régime canadien de tarification du carbone est suffisamment robuste pour préserver des échanges commerciaux solides avec l'Europe. Mark Carney a récemment remanié cette politique en supprimant la taxe carbone pour les consommateurs et en accordant à l'Alberta une plus grande flexibilité dans son propre système.

Des discussions sont en cours entre Ottawa et Bruxelles sur la manière dont l'Europe pourrait tenir compte de la tarification carbone canadienne dans le cadre du MACF. Geneviève Tuts, ambassadrice de l'UE au Canada, a confirmé des échanges entre Mark Carney et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. "Le prix pourrait être ajusté", a-t-elle indiqué, sans exclure une modulation des tarifs selon l'évolution des politiques canadiennes. Le mécanisme lui-même ne sera pas abandonné, a-t-elle précisé.