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L'UE refuse les hydrocarbures canadiens, cap sur les renouvelables et le nucléaire

L'Union européenne refuse d'importer les hydrocarbures canadiens, affirme un haut diplomate. Privilégiant les renouvelables et le nucléaire, Bruxelles entend atteindre la neutralité climatique d'ici 2050, laissant le Canada chercher d'autres débouchés.

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L'UE refuse les hydrocarbures canadiens, cap sur les renouvelables et le nucléaire

Pays citésCanada, États-Unis, Chine, Inde, Russie
ThèmePolitique & Géopolitique, Sécurité énergétique

L'Union européenne ne prévoit pas d'importer le pétrole et le gaz canadiens. Belén Martínez Carbonell, secrétaire générale du Service européen pour l'action extérieure (SEAE), corps diplomatique de l'UE, a déclaré lors d'une conférence de presse à Ottawa le 27 février que Bruxelles donnait la priorité aux sources d'énergie propres. Ces déclarations interviennent alors que le Canada cherche de nouveaux acheteurs pour ses hydrocarbures, confronté à un excédent mondial de combustibles fossiles.

Une politique énergétique axée sur le renouvelable et le nucléaire

"Notre politique est de donner la priorité aux sources d'énergie propres, car nous sommes en bonne voie pour atteindre nos objectifs de 2050", a indiqué Martínez Carbonell. Selon la diplomate, plus de 70 % de l'électricité européenne provient déjà d'énergies renouvelables ou du nucléaire, notamment de petits réacteurs nucléaires. L'UE entend devenir le premier continent climatiquement neutre d'ici 2050, un objectif qui oriente directement ses choix d'approvisionnement énergétique.

Cette orientation complique les ambitions exportatrices du Canada, notamment en matière de gaz naturel liquéfié (GNL). Depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, l'Europe a augmenté ses importations de GNL en provenance des États-Unis, substituant progressivement les approvisionnements russes. Mais la dépendance au GNL, combustible à forte teneur en méthane, entre en contradiction avec les engagements climatiques de Bruxelles pour 2050.

L'Alberta sous pression, le Canada en quête de débouchés

La province canadienne de l'Alberta subit de plein fouet la pression des prix du brut. Son budget récemment dévoilé révèle que la baisse des cours du pétrole a entraîné une diminution de 5,4 milliards $ (7,5 milliards CAD) des redevances tirées des sables bitumineux. Les tensions commerciales avec les États-Unis, principal partenaire commercial du Canada depuis l'élection du président Donald Trump, poussent Ottawa à diversifier ses marchés.

La Chine affiche un intérêt croissant pour les hydrocarbures canadiens dans ce contexte d'incertitude commerciale. L'Inde a également signalé son intention d'importer du pétrole et du gaz canadiens, selon les propos du haut-commissaire indien, alors que le Premier ministre Mark Carney effectue une visite officielle dans le pays. Le Canada débat depuis plusieurs années de la construction de terminaux d'exportation sur sa côte Est pour acheminer des combustibles fossiles vers l'Europe, sans qu'une décision définitive n'ait été prise.

Le mécanisme carbone européen au cœur des négociations bilatérales

L'Union européenne a mis en œuvre en janvier son Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF), qui instaure une taxe sur les importations de biens à forte intensité carbone, tels que l'acier et le ciment. Ce dispositif soulève la question de savoir si la tarification carbone canadienne sera suffisante pour préserver des échanges commerciaux robustes avec l'Europe. Carney a récemment remanié cette politique en supprimant la taxe carbone pour les consommateurs et en concluant un accord de flexibilité avec l'Alberta.

Des discussions sont en cours entre Ottawa et Bruxelles sur la prise en compte de la tarification carbone canadienne dans le cadre du MACF. Geneviève Tuts, ambassadrice de l'UE au Canada, a précisé que le tarif appliqué pourrait être ajusté en fonction de ces négociations, sans que l'UE n'abandonne le mécanisme lui-même. Des échanges ont également eu lieu directement entre Carney et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, sur ce dossier.