Taxes carburants : le gouvernement chiffre à 270 millions le surplus de mars
Face aux accusations de "cagnotte" de l'opposition, le gouvernement évalue à 270 millions d'euros le surplus fiscal lié au carburant en mars, inférieur selon lui au coût de la crise.
| Secteurs | Pétrole, Carburants |
|---|---|
| Thèmes | Marchés & Finance, Prix |
| Pays | France, Ukraine |
Le gouvernement français a rendu publiques vendredi ses premières estimations du surplus de recettes fiscales engendré par la hausse des prix du carburant en mars, cherchant à contrer l'idée d'une "cagnotte" avancée par plusieurs formations d'opposition. Le conflit au Moyen-Orient, dont les tensions persistent sur les marchés pétroliers — Téhéran a notamment menacé le détroit de Bab el-Mandeb, couloir stratégique pour le pétrole — a alimenté une envolée des prix à la pompe depuis le début de l'année. David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics, a évalué ce surplus à 270 millions d'euros pour mars, affirmant qu'il "est très inférieur au coût de la crise pour les finances publiques".
Un surplus de 270 millions d'euros composé de TVA et d'accises
Ce surplus de 270 millions d'euros se décompose en deux volets : 120 millions d'euros de TVA — taxe sur la valeur ajoutée — supplémentaires par rapport à mars 2025, et 150 millions liés aux accises sur les carburants. Ces dernières, calculées sur les volumes vendus et non sur les prix, se sont révélées "très concentrées sur le début du mois de mars", lorsque les automobilistes se sont précipités à la pompe. Sur l'ensemble du premier trimestre, la hausse nette des recettes carburant n'atteint que 50 millions d'euros par rapport au premier trimestre 2025, en raison d'une consommation et de prix moindres en janvier et en février.
À Bercy, on anticipait vendredi qu'une poursuite de la baisse de la consommation observée fin mars pourrait se traduire par un recul des recettes en avril par rapport à l'an dernier. Ce tableau contraste avec les estimations avancées par Laurent Wauquiez, chef du groupe Les Républicains à l'Assemblée nationale, qui a évalué le surplus à "entre deux et trois milliards d'euros" depuis le début du conflit.
Un coût de la crise estimé à 430 millions d'euros
Selon David Amiel, la hausse des prix du carburant a engendré un coût de 430 millions d'euros pour les finances publiques. Ce montant inclut 130 millions de dépenses de soutien — 70 millions alloués aux transporteurs, pêcheurs et agriculteurs, et 60 millions pour renforcer le chèque énergie — auxquels s'ajoutent 300 millions liés à la hausse des intérêts de la dette, calculés sur la base d'un surcoût annuel évalué à 3,6 milliards d'euros. "Voilà la raison pour laquelle le gouvernement ne cesse de dire que cette crise est coûteuse pour les finances publiques", a déclaré le ministre, réfutant l'existence d'une cagnotte.
Sur le terrain, le gazole — carburant routier le plus utilisé en France — s'affichait vendredi à 2,282 euros le litre en moyenne, selon un calcul de l'AFP établi sur les prix déclarés par quelque 8 500 stations à un site gouvernemental, contre 1,72 euro avant le déclenchement du conflit. Face à cette situation, le Premier ministre Sébastien Lecornu a affirmé envisager de nouvelles aides "ciblées", attendant des propositions de ses ministres en début de semaine suivante.
Le débat politique autour de la "cagnotte"
La controverse a été relancée par Sébastien Lecornu lui-même, qui avait suggéré d'utiliser "les surplus" de recettes fiscales liés à l'envolée du carburant pour contribuer à l'électrification de l'économie. Marine Le Pen, cheffe des députés du Rassemblement national, avait aussitôt demandé que ces excédents servent à abaisser les taxes à la pompe. David Amiel a réfuté l'existence de toute cagnotte, dénonçant des "fausses rumeurs" : "2026 ne sera pas 2022, on ne peut pas annoncer des milliards d'euros dont, en réalité, on n'a pas le début d'un centime."
Entre 2022 et 2024, la France a engagé environ 60 milliards d'euros pour contrer l'inflation consécutive au conflit en Ukraine, selon la Direction générale du Trésor, contribuant à porter le déficit public à 5,8 % du produit intérieur brut (PIB) en 2024. Anthony Morlet-Lavadalie, de l'institut économique Rexecode, a jugé "malsain" de laisser circuler l'idée "d'un trésor caché", rappelant que les indicateurs de conjoncture de début d'année étaient déjà décevants avant même l'éclatement du conflit. Bercy a annoncé la publication de nouvelles estimations du coût de la crise lors d'un comité d'alerte des finances publiques prévu le 21 avril.